chimichanga

Approchez Messieurs Dames ! Venez voir nos horreurs !! Ils sont d’une beauté terrifiante, d’une laideur fascinante. Ces erreurs de la nature sont là pour vous ! Approchez Messieurs Dames !!

Il n’est pas nécessaire de beaucoup se forcer pour imaginer le père La Ridule s’égosiller pour tenter d’inciter les badauds à pénétrer sous son chapiteau. Il dirige fermement son petit cirque des horreurs ; un cirque qui pourtant est au bord de la faillite. Ici, pas de strass ni de paillettes, pas de costumes clinquants et étincelants. Sa troupe se compose d’un poisson à visage humain, un champion de yo-yo truqué ou bien encore d’une chèvre borgne à deux yeux qui sait lire la bonne aventure ! Parmi les individus de ce bestiaire peu commun, nous remarquons la jeune Lula au caractère déjà bien trempé pour son jeune âge. Un jour, alors qu’elle se promène aux alentours du cirque ambulant, elle rencontre une vieille femme. Cette dernière est intéressée par la barbichette de Lula. Afin d’obtenir quelques poils de cette barbichette magique, elle propose à la fillette de les lui échanger contre un étrange œuf.

Allégée de trois poils de barbe, Lula repart donc avec cet œuf imposant dont il sortira quelques jours plus tard un « un énorme monstre poilu, et foncièrement gentil, qu’elle baptise Chimichanga » (dixit la présentation de l’éditeur). Voilà de quoi donner un regain d’activité au cirque du père La Ridule qui voit d’un très bon œil cette manne providentielle d’autant que ce monstre tranquille attire rapidement l’attention des visiteurs au point que les autres membres de la troupe en sont jaloux. Mais ils vont devoir taire leur susceptibilité lorsque Lula est kidnappée et unir leurs forces pour tenter de la sortir d’un incroyable guêpier !

Dans nos chroniques, on se plaît à rappeler la genèse de « Chimichanga ». Alors ne privons pas cette synthèse de la petite anecdote qui dit que l’auteur fut sollicité par une chaine télévisée qui lui demandait s’il avait des idées pour une nouvelle série jeunesse. Eric Powell (l’auteur de « The Goon ») proposa deux projets dont « Chimichanga ». Les deux furent refusés. Mais voyant le vif intérêt que témoignaient ses enfants à l’égard de la petite Lula et des autres énergumènes du cirque La Ridule, l’auteur décida de pousser plus loin dans la construction de l’univers.

Sorti en 2009 aux Etats-Unis (2013 en France), « Chimichanga » est – disons-le – assez différent de ce à quoi l’auteur nous avait habitué jusque-là. Il offre pour l’occasion une histoire tout public et propose une palette de personnages aux mines certes patibulaires mais très attachantes. C’est du moins l’accroche que nous avons eue Choco et moi, car Lunch n’a pas eu le même plaisir à les côtoyer, regrettant même que ces freaks n’aient rien d’exceptionnel (sic). Il est vrai que déambuler dans les allées de ce cirque décadent n’a rien de réjouissant de prime abord. Ses acteurs sont tous des marginaux en apparence égocentriques et qui apprécient (logiquement) de pouvoir tirer la couverture à eux. Leurs particularités font sourire car elles sont à l’opposé même de tout ce qu’un cirque peut habituellement offrir de sensationnel à ses spectateurs : un hercule de 70 kg doté de la force d’un homme de 75 kg, une chèvre borgne à deux yeux, un champion de yo-yo truqué…

Eric Powell campe une ambiance qui peut faire penser aux univers de Tim Burton. Il y installe des personnalités fortes et atypiques à commencer par celle de la jeune Lula qui convainc par sa simplicité, sa manière d’assumer sans honte sa différence – et surtout par son fort caractère – ou celle du père La Ridule, chef de troupe hors pair, faussement autoritaire et figure paternelle très crédible. Il apporte une peu d’humanité à cette histoire et nous permet progressivement d’investir cet antipathique microcosme.
Dans l’autre camp, nous trouverons quelques méchants capitalistes représentant une forme caricaturale de l’industrie pharmaceutique.

Pour égayer sa galerie de personnages hors normes, Eric Powell se sert d’un humour décalé, très « pipi-caca » selon Lunch ; cela renforce le côté loufoque de l’histoire. Les dialogues servent parfaitement le côté fantastique de cet univers déjanté, doté de propos ironiques et politiquement incorrects.

Mais la mayonnaise n’aurait certainement pas pris – surtout auprès d’un jeune public – si les losers du cirque n’avaient eu cette capacité à se sentir un minimum concernés par le sort qui attend Lula depuis qu’elle a été kidnappée… d’autant que son absence pèse sur le cirque miteux et crade. L’ambiance de l’album repose pour beaucoup sur les épaules de la fillette dodue (et barbue !) dont le visage n’est pas sans rappeler visage celui de William Rockwood (avec moins de charisme cependant). Sa présence donne du peps à cette étrange communauté.
A l’instar des curieux venus visiter un spectacle circassien, le lecteur se laisse divertir par ce récit. Le trait plutôt cartoon et arrondi provoque une envie de tourner les pages pour découvrir ce que le sort réserve à nos protagonistes. On apprécie également la précision et le soin accordés à chaque illustration. Les sépias de Dave Stewart (coloriste de « Daytripper ») sont douces et accentuent le côté décalé de l’ensemble.

Atypique en tous points, nous n’avons pas tous réservés le même accueil à cet album. Tandis que Lunch s’attendait à quelque chose de « plus… enthousiasmant », d’un peu moins « barré » et peut-être des personnages moins absurdes, Choco et moi avons plongé. « Réjouissant », « extravagant », nous n’y sommes pas allées avec le dos de la cuillère pour qualifier cette intrigue à l’humour mordant.
En revanche, on s’accorde tous trois à relever deux éléments narratifs plus réflexifs. D’une part, la critique acerbe portée à l’égard de l’industrie pharmaceutique et de ses fins mercantiles. D’autre part, le récit nous invite à regarder au-delà des apparences et à réfléchir sur la question de la différence [de l’Autre], de l’intolérance qu’elle suscite (parfois) et de son acceptation à laquelle on parvient (parfois).

Choco : « Tout concourt à faire de cette histoire un truc à la fois barré et mignon, entre fantastique et conte pour enfants. Une histoire qui mélange poésie et univers freaks avec beaucoup d’habileté ».
Lunch : « Pour parler franc, je m’attendais à une lecture un peu plus… enthousiasmante. J’ai été déçu, entre autres, par ces freaks qui n’ont rien d’exceptionnel ».
Mo’ : « Au contact de ces mines patibulaires, le lecteur va pourtant s’enfoncer avec plaisir dans cette intrigue extravagante. On s’attache à des individus antipathiques que l’on aurait eu tendance à mépriser dans d’autres circonstances ».

Mo'

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  1. […] Château l’attente (MEDLEY Linda), ed. çà et là, 2007 – Chimichanga (POWEL Eric), ed. Delcourt, 2013 – Fabuleuses aventures des Freak Brothers, Les (SHELTON […]

  2. Lucinda dit :

    Arcielts like this just make me want to visit your website even more.

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