bao

Juge Bao comme représentant de la barbe extrême-orientale, voici ce que nous vous proposons en ce dernier dimanche du mois de mai. Un mois sous le signe de la barbe. Si c’est sa barbe qui lui aura valu cette apparition sur k.bd, ce n’est pas sa barbe qui a marqué nos chroniqueurs ! Avant de vous en dire plus sur nos avis respectifs, resituons ce juge barbu dans son contexte.

Un polar en Chine médiévale :

Nous sommes en Chine, sous la dynastie des Song, au XIème siècle. L’Empire en plein essor vit une période de grande richesse mais aussi de grande corruption. Pour lutter contre ce fléau, l’empereur mandate le juge Bao dont l’intégrité et le sens de la justice en feront une figure mythique de l’histoire du pays. Car ce bon vieux juge Bao aurait bel et bien existé ! Il a inspiré de nombreuses fictions et c’est au tour de Patrick Marty (scénariste) et Chongrui Nie (illustrateur) de s’attaquer au mythe. Le duo franco-chinois nous propose une série de 6 albums dont le format “à l’italienne” rappelle le manhua traditionnel (dites, pourquoi on n’appelle pas ça à la chinoise ?).

Le juge Bao va arpenter les provinces chinoises pour apporter la justice là où la corruption fait rage, aidé dans sa mission de ses fidèles serviteurs : Zhan Zhao, son garde du corps, Bao Xing, son page, Gonsun Ce, son assistant, greffier et médecin légiste (oui, tout ça à la fois !), ainsi qu’une petite vingtaine de soldats mené par les gardes Wang Chao et Ma Han. Dans ces 6 tomes, nous assistons à 6 enquêtes pouvant se lire indépendamment les unes des autres mais cachant un fil conducteur qui relie tous les albums entre eux.

Un polar théâtralisé :

Que ce soit par la construction narrative “classique” (Mo’, Yvan) voire “académique” (Choco) du récit proposé par Patrick Marty, ou par le dessin “figé” (Bidib) voire “rigide” (Champi) du dessin de Chongrui Nie, nous avons été nombreux à souligner un aspect “théâtral” (Badelel, Choco) de ce récit.

Si le scénario me parait “digne d’un bon roman policier” (Bidib), Mo’ en souligne la répétition : “D’un tome à l’autre, on repère une récurrence dans la manière de développer le récit, créant une certaine redondance dans la lecture”. Quant à Yvan, il regrette “les petites introductions de chapitres qui, à l’image de feuilletons modernes, résument ce qui va suivre, mais ont quand même tendance à spoiler un peu trop le reste de la lecture et à enlever toute surprise”.

Mais l’aspect théâtral est surtout donné par le graphisme de Chongrui Nie. “Le dessin est très figé, […]. Les personnages sont comme cueillis le geste resté en suspens” (Bidib), “l’emphase des postures, expressions et situations, […] laisse peu de place à la subtilité” (Champi). Pourtant si les “postures figées et néanmoins grandiloquentes constituent un élément récurrent. […] Cet aspect permet de mettre en valeur le côté littéraire et légendaire du personnage tout en soulignant les attitudes strictes spécifiques aux cultures extrême-orientales” (Badelel). “Un air théâtralisé que l’on retrouve d’ailleurs dans le théâtre et l’opéra chinois. Si cela peut désarçonner de prime abord, il faut reconnaître que ce style s’associe parfaitement à l’aspect historique […], en reprenant certains codes culturels chinois.” (Choco).

Malgré un côté très théâtral dû au dessin et à la posture des personnages, le récit est “classique, mais parfaitement mené et très fluide” (Yvan). “La lecture est fluide et divertissante”(Mo’). “Il faut dire que l’intrigue est rondement bien menée par un Patrick Marty […] maître de son sujet.” (Lunch)

Avis que ne partage pas Champi pour qui la recette Marty-Nie n’a pas fonctionné : “ça ne prend pas […] l’union de leurs talents donne un résultat assez froid, presque artificiel, en tout cas désincarné, comme si des acteurs forçaient le trait pour jouer des rôles manquant d’originalité.”

Entre autre, Champi reproche à ce titre “un format (4 cases par page) qui syncope” et une “mise en page qui, souvent, par la taille des cases, nuit au sens de lecture”. Si Badelel trouve le dessin “magnifique”, elle critique également la construction de la page : “La lisibilité est régulièrement gênée par des cases qui prennent soudain des libertés sur le format et amènent le regard à changer de sens de lecture […]. La lecture hoquète”. Pour Mo’, la gêne rencontrée est surtout “due à la retranscription des expressions faciales et corporelles des personnages : les attitudes sont figées, le souci du détail alourdi le propos”. “Les personnages sont comme photographiés les bras en l’air et leur geste est arrêté net. […] Cela casse le rythme de la lecture” (Bidib).

Pourtant le “dessin noir et blanc précis […] procure beaucoup d’authenticité au récit” (Yvan). Le dessin “est en fait extrêmement minutieux et d’une incroyable richesse, […] le tout assoit le réalisme des décors et des visages […] et ancre la fiction dans une ambiance historique” (Lunch).

Pour conclure :
Lunch : « Une collaboration franco-chinoise qui est en tout cas une belle réussite. »
Badelel : « Globalement, c’est donc une lecture intéressante, instructive et distrayante, mais on est loin de la merveille à laquelle les expos d’originaux m’avaient préparée. »
Bidib : « [Le] premier tome m’a plu par son intrigue et ses personnages. J’ai été impressionnée par le dessin beau et original, même s’il manque de fluidité. »
Champi : « Juge Bao est à mes yeux un récit “tranquille et terriblement ennuyeux.” »
Choco : « Un manhua original et graphiquement très intéressant qui a su tirer parti du mélange des genres et des différences culturelles de leurs deux auteurs. »
Yvan : « Une belle surprise et une très belle entrée en matière pour ce nouvel éditeur. »
Mo’ : « Malgré tous mes griefs, je trouve que cette recette fonctionne bien. »

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