shioguni

Petites coupures, petites coupures…
Celles que l’on verrait bien planquées dans une mallette transportée en loucedé par les trois gars en costard-lunettes ? Pas vraiment.
Celles qui menacent de taillader le cou de l’inconscient qui a osé mettre en rogne – et en grillade – un as du couteau ? Non plus.
Celles que k.bd s’accorde cet été en espaçant le rythme de ses parutions ? Pas davantage.
Celles qui parsèment le carnet de notes de l’enquêteur qui essaie de comprendre ce qui s’est vraiment passé ce 26 octobre au soir dans la petite ville d’ordinaire tranquille de Shioguni ? Sans aucun doute.

Petites coupures à Shioguni, c’est quand même un peu tout ça finalement : beaucoup de pistes, d’indices, de phrases, d’images, une enquête en forme de kaléidoscope une nuit au Japon. Le tout passé au shaker achronologique pour éviter la linéarité et un déroulement monotone. Une « construction […] plutôt complexe, mélangeant les points de vue, la chronologie et offrant différentes versions d’un même fait » (Choco) qui « peut surprendre au début, mais s’avère finalement parfaitement maîtrisée. » (Yvan) Un découpage qui a « quelque chose de très cinématographique, tout comme l’ambiance de vieux polar qui s’en dégage. » (Bidib)
Polar, vous avez dit polar ? « Tout est en place pour un bon polar, sauce japonaise ! » (Choco) : des yakuzas qui débarquent dans un restaurant, des courses-poursuites, des règlements de comptes, des fausses pistes en pagaille et presque autant de faux-semblants. Parfait pour nous amener « à douter de tout et de tous. » (Mo’).
Il faut dire que la jeune fille au pull rose qui relie de près ou de loin tous les protagonistes est une experte en matière de mensonge, arnaque, usurpation, le tout sous l’égide de l’hameçon qui orne sa carte de visite : « de quoi accrocher le chaland et, convenons-en, le lecteur. » (Champi)

Un lecteur qui, chez nous à k.bd en tout cas, a été conquis voire enthousiaste : « suivre cette enquête est juste extraordinaire. Le medium bande dessinée est désexploité : il sert de base pour le récit mais déconstruit complètement la structure classique. » (Badelel) J’aurais pour ma part utilisé le néologisme « dexploité », mais vous tenez l’idée je pense : une déconstruction magistrale, des indices à foison et un dénouement de tous les fils tirés dans toutes les directions à la toute fin du livre.
D’autres lecteurs ne s’y sont pas trompés non plus puisqu’ils ont gratifié ces Petites coupures du prix polar lors du Festival d’Angoulême 2015. Excusez du peu.

Si l’histoire, la narration et les personnages – «  l’un des points forts de ce one-shot » (Yvan) – ont emballé notre équipe, images et mises en page n’ont pas été en reste : une « mise en page particulière ne laissant aucune place au vide » (Bidib), « une profusion de détails avec des découpages et des angles de vue innovants » (Choco) et un Florent CHAVOUET au sommet de son art graphique.

Mais si, Florent CHAVOUET ! Enfin, Tokyo Sanpo, Manabe Shima, ces carnets de voyages à croquer dont l’ambiance, le ton et les couleurs nous avaient déjà enchantés ! Avec la touche d’humour et de décalage indispensables pour séduire au-delà du cercle des globe-trotteurs !
Petites coupures profite de cette « patte » tout en s’en affranchissant et en la sublimant : « le travail sur la couleur m’a paru encore plus [poussé] que dans ses 2 précédents albums » (Choco) ; « à son merveilleux crayon de couleur qui me séduit toujours autant, il a ajouté du feutre, de l’aquarelle, des collages… Tout est bon pour rendre ce récit le plus atypique possible ! » (Badelel)
Un récit aussi atypique que le pays dans lequel il se déroule et que cette BD nous permet d’explorer avec minutie, portés par les détails et l’atmosphère : « notez les murs ornés de graffitis, d’affiches, les […] néons, les objets qui traînent sur les comptoirs ou les tables » (Choco), « l’ambiance de ces rues partiellement éclairées par des lampadaires et des enseignes en tout genre. » (Yvan). Du Japon plus vrai que nature certifié conforme par les relecteurs auxquels l’auteur a fait appel.
Petite cerise graphique sur le gâteau, les « dialogues [semblent] tracés au pinceau avec l’élégance d’une calligraphie. » (Champi).
Plaisir total.

L’auteur nous convie donc tout autant à un polar labyrinthique qu’à une plongée dans le Japon dans toute l’étrangeté de ses quartiers et de ses petites vies. En animant une galerie de personnages truculents et touchants, il enrobe avec l’humour qui le caractérise une histoire atypique qui pourrait tout aussi bien relever de la balade urbaine ou du panorama sociologique.

Pour l’ensemble de ces qualités et parce que Petites coupures à Shioguni nécessite plusieurs lectures pour en saisir toutes les subtilités et tout le sel, ce titre ne pouvait échapper à la sélection estivale de k.bd.
Parfait pour passer un moment à la fois dense et léger, tortueux mais jamais torturé, drôle et très très bien fait.
Du grand art.

Badelel : « L’auteur s’attaque à la BD, la vraie et certainement pas en respectant les règles à la lettre ! »

Bidib : « Seul bémol, vous allez rire, l’odeur. Oui, l’odeur ! Je n’aime pas l’odeur de papier que dégage le livre. J’espère qu’elle va s’estomper. Je fais partie de ces gens bizarres qui aiment sniffer les livres alors pour moi c’est important. »

Champi : « Une fois mis le doigt dans l’engrenage de cette nuit à Shioguni, difficile d’en sortir. »

Choco : « Entre polar, film de yakuza, comédie burlesque aux nombreux quiproquos, Petites coupures à Shioguni se révèle une histoire étonnante qui mélange les genres et s’appuie sur une construction très réfléchie mais impeccable. »

Mo’ : « Changeant relativement de registre, l’auteur s’éclate cette fois à développer un polar truculent où malfrats, policiers, victimes se volent la vedette et brouillent les pistes. »

Yvan : « Un polar efficace, servi avec beaucoup de talent ! »

Champi

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Une réponse "

  1. bidib dit :

    hahaha ! J’adore tes synthèse Champi
    Et ma citation que tu as choisi pour le mot de la fin … mort de rire.
    Vous êtes d’accord avec moi, ce livre ne sent pas bon ?

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