Homme_qui_marche

Un homme et son épouse emménagent dans une nouvelle ville, dans une nouvelle maison. Lui part très vite à la découverte de son nouveau lieu de villégiature et tout au long de cette BD, va profiter de son environnement. Ce livre, c’est L’homme qui marche, un titre très éloquent qui contient à lui seul tout le scénario. Un homme qui marche, ce doit être chiant, pensez-vous ? Au sein de K.BD, les avis sont partagés à ce sujet. Yvan présente un débat intérieur. Il s’est effectivement un peu ennuyé mais il y retient un intérêt : « prendre le temps de regarder autour de nous et de nous émerveiller avec ces petites choses insignifiantes qui nous entourent ». Et c’est justement tout le charme de ce bouquin : un manga contemplatif et poétique, une détente littéraire, le genre de récit que seul sait faire Jirō Taniguchi !

Taniguchi, oui, c’est bien l’auteur prolixe du Journal de mon père et de Quartier lointain, du Sommet des dieux, de Au temps de Botchan, du Gourmet solitaire ou encore de Furari… Le « plus européen des mangakas », dit OliV. Il est vrai que ses influences sont très occidentales. Moebius lui-même l’inspire (ne créeront-ils pas Icare ensemble ?). De même, il collabore étroitement avec les auteurs et les éditeurs français. C’est-à-dire qu’il trouve dans le public européen un écho important, là où il reste plus modeste au Japon. Ses œuvres s’éloignent pas mal du manga habituel, beaucoup plus sobres, beaucoup plus « littéraires » dans la construction du récit et dans les thématiques (et non pas dans le remplissage des bulles). Son dessin est bien plus réaliste, quoiqu’il garde l’esprit épuré de la bande dessinée nippone. De fait, il touche une élite qui pourtant s’interdirait de se rabaisser à lire du manga. Combien de fois ai-je entendu (justement en référence à Taniguchi) : « mais la BD japonaise qui n’est pas du manga, est-ce que ça porte un nom ? »

OliV de nous rappeler que L’Homme qui marche est la première traduction française de cet auteur, ce qui en dit long sur les capacités du public francophone à accueillir ses rêveries. Mais ce n’est pas nécessairement celui qu’on lui préfère, comme Bidib  qui, dans le même registre, lui préfère Le promeneur ou Furari. Elle reproche à celui-ci un manque d’unité. Champi lui fait écho, lui reprochant son côté répétitif et prescrivant sa lecture par doses « homéopathiques ». Il faut bien l’avouer, le fil rouge du récit est relativement flou. Rien ne relie un chapitre à l’autre, une promenade à l’autre. Seul thème récurrent : le plaisir de prendre son temps, de contempler la nature et les gens.

OliV, Lunch et moi en avons retenu une certaine philosophie. Celle de la liberté, de la douceur, du temps qu’on se donne pour vivre vraiment, du bien que nous fait la nature. Taniguchi prend ici le contre-pied d’une société qui va à 200 à l’heure, qui vit de plus en plus dans l’immédiateté (et encore, cette BD a 20 ans !), dont le leitmotiv est l’argent. Ici, on prône l’innocence et c’est précisément ce qui a plu a Bidib.

Cette sérénité s’imprègne de cases quasi muettes. L’auteur ne s’est pas fixé cette contrainte de tout faire en muet. Simplement l’ambiance exige parfois du silence. Il respecte ce silence.

Tout ce calme fait néanmoins l’objet d’un bémol chez Bedea Jacta Est : nous sommes les seuls à l’avoir remonté, alors peut-être est-ce dû à l’édition, les versions suivantes ont peut-être été revues ? Ce bémol est directement lié à un choix éditorial : celui qu’a fait Casterman de traduire tous les Taniguchi en sens de lecture français, c’est donc un défaut qu’on peut retrouver dans d’autres œuvres du maître. L’agencement du texte dans des bulles qui sont conçues pour être lues en sens inverse donne lieu à des cafouillages de lecture absolument ignobles qui interrompent la contemplation et l’apaisement du lecteur. Dommage.

Champi y voit par ailleurs l’occasion de s’adonner à une analyse sociologique voire psychologique, observant d’un œil méfiant le comportement du personnage à l’égard des filles, de préférence bien plus jeune.

Tiens d’ailleurs, ce personnage, qui est-il ? D’où vient-il ? Que fait-il ? Si les réponses pourraient concrètement donner lieu à des heures de débat, il ressort une évidence de cette lecture : c’est parfaitement sans importance. Ce n’est pas l’homme ni sa vie qui nous intéressent, mais bien ses déambulations, son côté enfantin et ses rêveries.

On l’a dit :
Bidib : « Taniguchi croque des scènes du quotidien banal avec beaucoup de tendresse. »
Champi : « Découvert il y a 20 ans, L’homme qui marche m’avait laissé un souvenir doux et suspendu. (…) Je n’y ai pas retrouvé dans ma lecture d’aujourd’hui ces impressions paisibles. »
Lunch : « Il fait ce qu’il veut, prend plaisir à déambuler dans la cité, brave même quelques interdits – non pas par défi mais par simple envie de profiter de la vie. »
OliV : « Cet homme est une manière d’être. »
Yvan : « J’ai beau admirer la capacité de Taniguchi de rendre n’importe quel sujet attrayant, j’ai trouvé ce tome trop contemplatif à mon goût. »
Et moi : « Il aime tout et tout le monde et prend toujours la vie du bon côté. »

Badelel

Publicités

Une réponse "

  1. […] : – Entretiens de Confucius (Variety Art Works), Soleil, 2012 – Homme qui marche, L’ (Jirô Taniguchi), Casterman, 1995 – Ikkyu (Isashi Sakaguchi), Glénat, 1996 – […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s