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`Après Histoire de couleur terre, nous continuons notre découverte du manhwa (bd coréenne) avec un titre très imposant, tant pas sa taille (un gros pavé de 611 pages) que par sa qualité.

Park Kun-woong adapte ici un roman autobiographique de Chung Eun-yong. Chung, rescapé du massacre du pont Nogunri perpétré sur un groupe de réfugié sud-coréens par l’armée américaine, nous raconte comment lui et son épouse y ont réchappé avec quelques autres rares survivants. Ce roman publié en Corée en 1994 entre dans une démarche activiste visant à faire reconnaître les faits à la fois par l’armée américaine et par le gouvernement sud-coréen. Park Kun-woong l’adapte en 2006. La version française nous a été proposée par Vertige Graphic en 2007, l’ouvrage n’est malheureusement plus commercialisé.

Tout commence un beau soir d’été. Les enfants de Eun-yong jouent au bord d’un ruisseau. C’est le 25 juin 1950. Dans la nuit l’armée nord-coréenne envahira la Corée du sud. En face les forces mal préparées n’arrivent pas à contenir l’avancée des Nord-Coréens qui gagnent rapidement du terrain. Eun-yong et sa famille sont réveillés dans la nuit par des bombardements. Dès le lendemain les rues sont noires de monde, des réfugiés qui tentent de fuir les hostilités en allant plus au sud. Eun-yong, malgré les appels du gouvernement qui déclare avoir le contrôle de la situation et exhorte les habitants à rester chez eux, décide de rejoindre le convoi de réfugiés pour mette sa famille à l’abri. C’est ainsi que Eun-yong, son épouse et leur deux enfants de 4 et 2 ans vont partir vers Daejeon, trouver refuge chez le frère aîné de Eun-yong, puis à la campagne chez ses parents. Là, pendant une courte période, ils se sentent en sécurité. L’arrivée de l’armée américaine les rassure, la plus puissante des armées du monde va les défendre contre les communistes dont il ne savent que ce que la propagande leur dit. Bientôt ils pourront rentrer chez eux.
Mais l’armée américaine, principalement composée de soldats inexpérimentés, est aussi mise en déroute par les Nord-Coréens. La zone de combat se déplace et leur village est rattrapé par le conflit. Il faut fuir. La famille de Eun-yong composée de ses parents, son épouse, ses enfants et la famille de son frère qui les as rejoint partent se réfugier dans les montagnes. Incité par les siens qui craignent pour sa vie, Eun-yong les laisse dans la montagne et part plus au sud, à Daegu. En effet la rumeur court que les communistes exécutent sans sommation tous les hommes ayant appartenu à la police sud-coréenne comme Eun-yong.
Nous suivons le dans sa fuite solitaire à travers une Corée en déroute. Puis son séjour à Daegu et Busan où il retrouve sa femme qui y a été hospitalisée.

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Dans cette première partie du récit qui dure environ 200 pages, Eun-yong nous raconte sa propre expérience. En retrouvant sa femme il découvre les atrocités qu’elle a vécu durant leur séparation. Comment l’armée américaine les a forcé à quitter la montagne pour leur faire reprendre la fuite puis les a massacré. S’en suivent plus de 300 pages insoutenables pendant lesquelles l’auteur raconte les faits à travers tous les témoignages qu’il a pu recueillir auprès des survivants. Un cortège de 600 personnes principalement composé de femmes, enfants et vieillards est regroupé sur un chemin de fer avant d’être bombardé à plusieurs reprises par l’aviation américaine. Puis les survivants sont rassemblés sous le pont de Nogunri. Dans cette prison à la chaleur suffocante, ils essuient les tirs des mitraillettes américaines. Au moindre mouvement les balles fusent. Les morts s’accumulent, les survivants perdent la tête et tout espoir. Le récit extrêmement détaillé ne nous épargne aucune horreur. Le cauchemar prendra fin 3 jours plus tard et sur les 600 réfugiés, il n’y aura pas plus de 25 survivants.

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« Le dessin à l’encre de chine renforce encore plus le sentiment d’écrasement qui atteint les civils » nous dit Choco. Yvan n’est « pas trop fan du dessin » cependant il ajoute qu’ « en multipliant les tons sombres, celui-ci parvient néanmoins à conserver un peu de pudeur en dissimulant quelque peu l’horreur des scènes derrière des traits aussi sombres que cette page de l’Histoire ». Personnellement j’ai trouvé le dessin de Park Kun-woong « très beau, à la fois stylisé et très expressif. J’ai été surtout impressionnée par sa mise en scène et le jeu de nuances de noir des arrières-plans apportant une intensité particulière ».

Mais c’est avant tout par son contenu que ce livre touche et impressionne.

Un « livre qui ne laissera personne indifférent » (Bidib).
« Édifiant ! » (Yvan).
« Une œuvre bouleversante qui prend aux tripes et un témoignage capital qui dénonce la bêtise humaine et la barbarie de la guerre » (Choco).

Du même auteur : Fleur (Casterman), Je suis communiste (Cambourakis)
A lire également une interview de l’auteur sur le site de Casterman.

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  1. […] C’est ainsi que nous avons lu Histoire couleur terre de Kim Dong-hwa publié chez Casterman, Massacre au pont Nogunri de Park Kun-woong publié chez Vertige Graphique (et malheureusement difficilement trouvable), […]

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