Adulteland

« Et si l’homme était capable de repousser la mort via la cybernétique ? Et si la mort n’était qu’une étape de la vie ? Et si les secrets qu’on croyaient enterrés refaisaient surface ? » (Lunch)

En parfait communicant, Lunch sait attirer le chaland : une touche de provocation, un écho aux préoccupations actuelles de certains scientifiques, une pierre à l’édifice des transhumanistes, un soupçon de suspense… Tous les ingrédients du polar d’anticipation sont ainsi réunis pour donner envie aux lecteurs de plonger dans Adulteland.

Et qui dit polar dit bien souvent conscience sociale et analyse fine de nos contemporains, exercice auquel Yeong Jin OH se livre avec brio : à travers quelques vies croisées d’hommes d’âge mûr, il brosse en effet le portrait sans concession de la Corée du Sud d’aujourd’hui.
Un pays en apparence rongé par la solitude, « sujet qui revient régulièrement aussi bien dans le manga que dans le manhwa destiné à un public adulte […] : les individus, bien qu’en perpétuel contact avec leurs congénères, y sont profondément seuls et perdus. » (Bidib)

Une solitude qui appelle l’ivresse, le désespoir ou des actes extrêmes, sombres et sordides dérives d’une « vie […] tristement classique [qui] annonce une fin de cycle. » (Lunch)

A qui parler, se confier, auprès de qui trouver une oreille attentive et des propos réconfortants ? Dans ce monde déshumanisé, Adulteland vous invite à rencontrer ses… robots-hôtesses, des « compagnons inattendus [qui] vous offrent l’humanité qui semble avoir déserté votre quotidien. » (Champi)

« Plus qu’un simple parc d’attraction [Adulteland est] un miroir qui nous renvoie l’image à peine déformée du monde tel que nous l’avons rendu et qui nous le rend bien. » (Champi) : un monde du chacun pour soi, de la cruauté économique – besoin d’argent ? Vendez un organe ! – et de l’écran (ici figuré par les robots) comme seule échappatoire et canal de communication.

Rien de très optimiste ni reluisant, me direz-vous… Heureusement que « tout en décrivant des vie sordides, Yeong Jin Oh garde une certaine distance et un humour subtil qui fait réfléchir sans tomber dans le mélo » (Bidib) : deux traits apparemment caractéristiques de son œuvre qui permettent de ne pas sombrer dans le dégoût ou le ressentiment face à la réalité qui nous est donnée à voir.

« Récit complexe mêlant les genres, [basculant] de la satire sociale au polar d’anticipation » (Lunch), Adulteland offre donc une lecture surprenante et déstabilisante par la variété de tons employés et la manière dont la science-fiction (comme bien souvent) questionne de plein fouet notre vie contemporaine.

Que l’on se rassure : la forme n’est pas moins déstabilisante que le fond. Derrière une couverture « qui ne [fait] pas du tout envie » (Bidib) se cache un « rendu surréaliste » (Lunch) : « il étire ou compresse les canons du dessin et campe des hommes aux visages caoutchouteux et des femmes aux mentons-promontoires. » (Champi)
De quoi permettre «  à chaque personnage d’être identifiable au premier coup d’œil » (Lunch), de quoi surtout casser nos habitudes esthétiques.

Ce dessin atypique, saccadé, déformé, dérangeant, est « couplé à de grands aplats de noir sur fond blanc [qui] assoient l’ambiance pesante du récit » (Lunch), une « ambiance glauque qui happe le lecteur. » (Bidib) Feuilletez le livre assez rapidement et vous serez surpris et captivés par l’effet stroboscopique qui s’en dégage.

Certains qualifieront peut-être le trait de Yeong Jin OH de bancal, amateur, incertain : nul doute au contraire qu’il s’agit d’une volonté de l’auteur afin de conférer à son récit la force qu’un trait plus conventionnel ou lisse ne saurait lui donner.

A une société malade convient une ligne boursouflée et dérangeante. Miroir mon laid miroir…

Rien de très enchanteur dans cette présentation, rien de très attirant non plus, mais tous nos chroniqueurs – qui n’ont pas hésité à aller au-delà des apparences, preuve que j’ai bien fait d’insister pour imposer ce titre dans notre mois du manhwa Wink – ont été ravis par cette découverte.
Certes, Adulteland n’a rien d’une lecture facile, mais peut-on traiter rapidement et en toute simplicité de problèmes de fonds comme la vie en société, la solitude, les bilans à l’approche de la cinquantaine ou l’impact de la science – et des intelligences artificielles – sur nos vies, nos envies, nos besoins, notre avenir ?

Adulteland pose de nombreuses questions avec humour et lucidité, des questions aussi dérangeantes que son trait : parfaite harmonie dans l’étrange qui dérange. On ne saurait en faire reproche à l’auteur.

Bidib : « Ce manhwa est incontestablement la belle surprise de mes lectures de septembre. »

Champi : « Implacable analyste de son monde et de ses contemporains, l’auteur coréen aborde des sujets très sensibles et pose les questions qui fâchent. »

Lunch : « Une lecture surprenante. »

Champi

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Une réponse "

  1. […] de Park Kun-woong publié chez Vertige Graphique (et malheureusement difficilement trouvable), Adulteland de Yeong Jin Oh sorti en 2014 chez FLBLB et enfin 3 grammes de Shin Jisue publié chez […]

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