Thème : K.BD en cuisine !

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Présentation du thème par le rédacteur mensuel :

« K.BD en cuisine !
Novembre est un mois de flottement pour les k.bédéens. Nous somme en pleine réorganisation et avons besoin d’un peu de temps, notamment pour recruter de nouveaux chroniqueurs ! Mais nous ne voulions pas délaisser nos lecteurs pour autant !
Ce mois-ci nous avons proposé seulement deux petites lectures gourmandes en collaboration avec Ma petite Médiathèque et l’événement interblogs Des livres en cuisine : A boire et à manger de Guillaume Long (Gallimard) et La Cuisine de Mamette de Nob (Glénat).
Ne vous inquiétez pas le rythme reprendra de plus belle en décembre ! »
(Bidib)

 

Sélection gourmande de nos chroniqueurs :

Badelel :

  • Petit précis de cuisine elfique (Yannig Germain & Laurence Germain), Avis de tempête, 1997

Bidib :

Choco :

Lunch :

Yvan :

Quelle est votre sélection gourmande à vous ?

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La cuisine de Mamette (Nob)

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Qui ne connait pas Mamette, la grand-mère qu’on aimerait tous avoir ? Petite, ronde, taquine, joviale, férue de ménage et gourmande comme pas deux ? Aujourd’hui, elle a décidé de partager ses meilleures recettes. Après la série principale Mamette qui a fait le succès de Nob et son spin-off Les souvenirs de Mamette, voici un hors-série fort à-propos, le livre de recettes qui va bien : La cuisine de Mamette. Son auteur, Nob (ou Bruno Chevrier de son vrai nom), aime revenir régulièrement sur sa retraitée d’héroïne, il n’a pourtant pas fait que ça. Auteur de Bogzzz, Mon ami Grompf et plus récemment de Dad, il est aussi coloriste sur de très nombreuses séries sous le nom de Nob ou de Bruno Garcia (Alice au Pays des Singes, Luuna, Sorcelleries, Silas Corey pour ne donner que quelques titres). C’est toutefois la première fois qu’il sort un hors-série. Sous le format d’un recueil de nouvelles culinaires, Nob alterne ici des anecdotes de la vie de Mamette et de sa jeunesse avec des recettes et des mémos (tout en gardant à tout moment le format BD) et des illustrations en pleine page.

Véritable livre de recettes, il propose des idées simples à réaliser avec des ingrédients faciles à trouver dans ses placards sans avoir à courir au supermarché du coin, même si ce n’est pas toujours très authentique (notre italienne préférée, Bidib, crie au scandale en découvrant de la crème fraiche dans la carbonara par exemple).

Drôle et appétissante, « cette BD, dont le style et le format en font une œuvre jeunesse, est aussi un régal pour les grands », nous en dit Bidib. Observation sur laquelle je diverge, puisque je trouve que les recettes et les mémos sont réellement expliqués pour les enfants et rébarbatifs pour les adultes (ce qui ne nous empêche pas de réaliser quelques petits plats).

De son côté, Lunch se régale : « J’ai plutôt apprécié la fluidité du récit qui n’est pas aussi haché que pourrait le laisser supposer un livre de recettes ». Là encore, je joue les rabats-joie puisque j’ai au contraire trouvé que l’ensemble manquait de spontanéité : « comme si, en voulant absolument intégrer chaque recette dans un souvenir, [Nob] l’avait faite rentrer au chausse-pied ». Pour Bidib, rien à dire de ce côté-là puisque c’était pour elle une découverte dans l’univers de cette petite grand-mère.

Lunch et moi avons en tous cas apprécié les clins d’œil à Lou! avec une scène épique au supermarché (ou comment faire faire de simples pâtes à une mère qui ne « cuisine » que des pizzas surgelées) et une brève allusion à la passion que développe la grand-mère de Lou pour les brocolis.

On l’a dit :
Bidib : « S’il est rigolo et appétissant pour les enfants, c’est aussi un véritable livre de recette avec tout bien expliqué comme il faut pour reproduire la recette chez soi très utile pour les grands aussi. »
Lunch : « Nous profitons donc de ces « instants cuisine » sans nous éloigner de nos habitudes de lecture. La cuisine de Mamette reste bien un album de Mamette, ouf ! »
Et moi : « Autant il est vrai que l’auteur parvient à rassembler toutes les générations autour de sa petite grand-mère, autant un livre de recettes est plus discriminatoire, et là, en toute logique, il s’adresse à son public-cible : les enfants. »

Badelel

À boire et à manger (Long)

À boire et à manger

Voilà novembre et ses premiers frimas et quoi de mieux que de se réchauffer autour d’un billet qui met l’eau à la bouche entre chroniqueurs gastronomes. Baladons-nous sur les marchés d’automne, rentrons bien au chaud, sortons les planches, dégustons les cases, arrosons le tout de jolies bulles. Bref, installez-vous confortablement et laissez-vous guider pour un menu concocté aux petits oignons par vos serviteurs.

Aujourd’hui, c’est Guillaume Long qui régale et nous sert A boire et à manger, le premier tome – version papier – de son blog de chroniques culinaires. D’entrée de jeu, l’album réveille les pupilles avant même de titiller nos papilles. Un grand format lumineux qui donne aussitôt envie de l’éloigner de nos étagères pour qu’il apporte du peps dans nos cuisines. Les planches qu’on tourne sont imprimées sur un papier épais de qualité qui offre un écrin parfait à ses rubriques loufoques. C’est aussi beau que bon et n’est-ce pas ce qu’on attend d’une belle assiette ?

Le projet de Guillaume Long se décline au fil des saisons. Badelel y voit un joli découpage vivaldien et tous les gourmands ayant cédé à la tentation de cette délicieuse lecture s’accordent à dire que c’est un livre dont les chroniques se picorent pour apprécier l’album à sa juste valeur. Chaque gourmet y piochera la petite anecdote qui fera sourire, tentera de réaliser une des recettes proposées (qui sont autant de promesses d’instants de convivialité pour ceux qui sauront les mettre en pratique).

Guillaume Long nous régale également au-delà des frontières et des fourneaux domestiques puisque ses carnets de voyage nous entraînent vers les tables européennes – dans les restaurants hongrois ou vénitiens. Le voilà qui se glisse dans la peau du reporter-critique culinaire avec un humour croustillant absolument savoureux tout en pimentant habilement le tout avec l’autodérision que les lecteurs assidus de ses chroniques bloguesques lui connaissent.

Voilà une œuvre au style graphique vif et alerte qui va à l’essentiel et qui ne fait pas de chichi ! Guillaume Long nous guide pas à pas pour nous donner suffisamment envie de jouer les apprentis cuisiniers et vient réveiller les cuisiniers qui sommeillent en chacun de nous, prouvant qu’il peut être aisé de régaler son entourage en quelques tours de main. Une ode à la convivialité, au plaisir de bien vivre et à l’art délicat de concocter de bons petits plats.

Ainsi, lecteurs gourmets, trêve de bavardages, il est temps de passer à table. En vous souhaitant une bonne dégustation !

***********************

Badelel: « En bref, un blog édité sur papier oui, mais bien fait et pertinent. Un livre de cuisine drôle et bien conçu. Du Guillaume Long Grand Cru classé ! »

Champi: « Tout a l’air bon, tout a l’air simple, tout fait envie, ça craque sous le couteau, ça croustille sous la page, et hop un bon verre de vin pour accompagner le tout, ça ne fait pas de mal. »

Lunch: « Guillaume Long nous présente ses coups de cœur et cela ne s’arrête pas aux recettes – fort alléchantes au demeurant – il partage aussi avec nous ses voyages gustatifs. »

Moka : « Guillaume Long réussit le pari délicieux de nous parler de cuisine avec beaucoup d’humour et donnerait à tout un chacun l’envie de passer derrière les fourneaux. C’est un travail de passionné maître de l’autodérision qui ravira le lecteur au fil de ces cases. »

Moka

 

K.BD recrute !

K.BD recrute !

Vous aimez la bande dessinée, vous aimez en parler, vous avez déjà votre propre blog ?
Pourquoi ne pas enrichir votre expérience en intégrant l’équipe K.BD ?
Nous recrutons de nouveaux rédacteurs. L’expérience vous tente ? Vous avez des questions sur le fonctionnement du blog ? Contactez le staff par mail : k.bd@hotmail.fr ou sur notre page Facebook.

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Thème : La bd coréenne (manhwa) autrement

Présentation du thème par le rédacteur mensuel :

« Il y a quelques années, bien avant que je n’intègre l’équipe k.bd, nos chroniqueurs vous avaient proposé Le manga “autrement”, pour découvrir un autre manga, loin de Naruto, Bleach et autre titre mainstream. C’est sous ce même angle de vue que j’ai voulu qu’ensemble nous explorions le manhwa, la bande dessinée coréenne. Celle-ci est souvent associée à une pâle copie de son cousin japonais et cantonnée à tort par certains lecteurs à de la bd pour ados. Or tout comme le manga qui recèle une très grande richesse, le manhwa a de quoi offrir de très belles lectures pour tous les publics.
C’est vrai que face à l’invasion de mangas venus du Japon, nombreux sont les auteurs coréens qui se sont mis à imiter leurs cousins en produisant des titres calquant les modèles japonais afin de satisfaire une demande sur le marché sud-coréen. Cependant de nombreux auteurs ont continué à proposer des œuvres très personnelles loin des canons du manga/manhwa mainstream. C’est à la rencontre de ces titres-là que nous sommes partis au mois d’octobre. C’est ainsi que nous avons lu Histoire couleur terre de Kim Dong-hwa publié chez Casterman, Massacre au pont Nogunri de Park Kun-woong publié chez Vertige Graphique (et malheureusement difficilement trouvable), Adulteland de Yeong Jin Oh sorti en 2014 chez FLBLB et enfin 3 grammes de Shin Jisue publié chez Cambourakis.»
(Bidib)

Nous aurions pu lire également :
A vos papilles – Voyage culinaire en Corée (Young-Bin Kim, Dong-Gi Hong & Dong-Kee Hong), Clair de lune 2014
Adulteland (Yeong Jin Oh), FLBLB 2014
Amour est une protéine, L’ (Kyu-Sok Choi), Casterman 2006
Aujourd’hui n’existe pas (Ancco), Cornelius 2009
Bandit généreux, Le (Doo Ho Lee), Paquet 2007
Brève cohabitation (Kyung-Sub Jang), Casterman 2006
Bicycle 3000 (Se Hyung O), Kana 2012
Bicyclette rouge, La (Dong-Hwa Kim), Paquet 2005
Ce que j’ai à te dire (Ji-Hoon Jung), Kwari 2012
Chant de mon père, Le (Keum Suk Gendry-Kim), Sarbacane 2012
Chagrin dans le ciel (Youn-Bok Lee & Hee-Jae Lee), Casterman 2007
Che (Yong-Hwe Kim), Soleil 2006
Comme la lune surgissant des nuages (Heung-Yong Park), Casterman 2007
Corée (Vanyda, Ki-Hyun Byun, Hee-Jae Lee, Chaemin), Casterman 2006
Cosmos (Sung Jun Kim), Kana 2006
Cours, Bong-gu ! (Byung Jun Byun), Kana 2006
Déjà-vu (In-Wan Youn), Soleil 2006
Des filles de ma connaissance (Yong-deuk Kwon), Atrabile 2015
En Corée (Yoon-Sun Park), Auto-édition 2015
Étincelle, L’ (Ho Cheol Choi), Vertige graphic 2008
Femme de réconfort (Kyung-a Jung), 6 pieds sous terre 2007
Feux (Se Young Oh), Casterman 2007
Fleur (Kun-Woong Park), Casterman 2006
Geonbae (Young-Bin Kim, Dong-Gi Hong & Dong-Kee Hong), Clair de lune 2012
Golden Glove (Min-Kyu Kang et Jin-Young Hwang), Clair de lune 2014
Histoire couleur terre (Dong-Hwa Kim), Casterman 2006
Histoire d’un couple (Yeon-Sik Hong), Ego comme X 2013
Histoires de tigres (Soo-Gil Ahn), Clair de lune 2013
Histoires sur le bord du trottoir (Hee-Jae Lee), FLBLB 2014
Je suis communiste (Kun-Woong Park), Cambourakis 2014
Jindol et moi (Ancco), Philippe Picquier 2007
Jiseul (Keum Suk Gendry-Kim), Sarbacane 2015
Kitchen (Ju Hee Cho), Clair de lune 2012
Massacre au pont de No Gun Ri (Eun-Yong Chung et Kun-Woong Park), Vertige graphic 2007
Mijeong (Byung Jun Byun), Kana 2006
Moi, jardinier citadin (Min-ho Choi), Akata 2014
Naufragées, Les (Min-ho Choi), Akata 2015
Nouilles Tchajang (Ki-Hyun Byun & Kyu-Sok Choi), Kana 2005
Nourritures de l’âme, Les (Dong-Hwa Kim), Casterman 2008
Quitter la ville (Su-Bak Kim), Atrabile 2009
Ramdam à tous les étages (Yeong Jin Oh), FLBLB 2013
Vedette( Hee-Jae Lee) Casterman 2006
Visiteur du sud, Le – Le journal de Monsieur Oh en Corée du Nord (Yeong Jin Oh), FLBLB 2011
Woo-Lee et moi (Heung-Ah Sim), Atrabile 2010
Z, le chat (Ki-Hyun Byun), Casterman 2007
3 grammes (Jisue Shin), Cambourakis 2012

 

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3 grammes (Shin)

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3 grammes, c’est l’équivalent de 100 € d’or pur, c’est le poids d’une cuillère à café de cacao, c’est 7 fois moins que le prétendu poids de l’âme…
3 grammes, c’est aussi le poids d’une tumeur… d’une tumeur de l’ovaire plus précisément… si léger et pourtant si effrayant !

Récit autobiographique délivré 6 ans après sa grave maladie, le manhwa de Jisue Shin évoque son combat contre le cancer.
C’est un simple gonflement de ventre qui lui met la puce à l’oreille. Anodin de prime abord, il décide l’auteure/héroïne à consulter un médecin… qui se trompe dans le premier diagnostic. Mais un scanner plus tard et elle doit faire face au terrible verdict : sa vie bascule !

Ce genre de témoignage sur le cancer est de plus en plus fréquent, parce que les progrès de la médecine sont significatifs et que la lutte contre la maladie est de plus en plus efficace, parce que les messages positifs sont une aide non négligeable pour des patients en quête de repères.
Jisue Shin se livre en quelque sorte à une psychothérapie. Lorsqu’elle était seule dans son lit d’hôpital, elle avait besoin de ce genre de lectures qui lui permettait de trouver le courage d’affronter sa maladie.
Dans la bande dessinée aussi les témoignages sur le cancer se succèdent. Après le temps des « défaites » (Journal d’un adieu ; La mort dans l’âme ; David, les femmes et la mort), il est maintenant venu le temps de partager quelques « victoires » (voir aussi La Parenthèse).

Mais avant d’en arriver là, la détresse de l’auteure a été grande : diagnostic, choc, hospitalisation, peur, opération, douleur, chimiothérapie, effets secondaires, doutes, espoir, rémission, vivre… que le chemin fut long et laborieux !
De l’angoisse qui ne s’éloigne jamais bien loin à la joie de la guérison, tous les passages et les états d’âmes sont contés avec justesse et sans pathos. L’histoire est sincère, elle partage de vives émotions, des vides affectifs aux amers sur lesquels s’accrochent les malades. Véritable note d’espoir, ce livre dans le livre en milieu d’ouvrage est l’un de ces îlots de paix dans un moment de déprime.

Dans le récit c’est aussi le reflet du cancer qui est mis en face du miroir, la perception des autres qui est mise en évidence. Les nombreux tabous qui touchent cette maladie sont d’autant plus forts que beaucoup de gens ne s’en relèvent pas. Des silences symptomatiques s’en suivent, pesant, lourds de sens, trahissant les malaises.

Pour accompagner ses propos Jisue Jin, qui est par ailleurs illustratrice jeunesse, utilise un dessin très simpliste. Nous sommes quelques uns à avoir été rebutés par ce style minimaliste et pas franchement attirant, avec des pages aérées et des textes courts.
Force est de constater que le trait va droit à l’essentiel, qu’il est efficace et pourtant pas dénué d’humour. Une expressivité louée par nombre d’entre nous, séduits par tous ces non-dits qui parlent parfois plus que des mots.
Ce n’est pourtant pas mon cas, déçu de n’avoir pas été plus concerné par cette lecture, dont la tonalité peut-être trop légère sur un sujet qui ne l’est pas du tout m’a décontenancé.
Qu’à cela ne tienne, j’ai pu faire le plein d’émotions avec ces quelques doubles pages magnifiquement illustrées à mi-album, qui appuient fort sur un sentiment de solitude très pesant et dont l’usage de la métaphore est beau.
Des émotions justement, qui sont transmises avec beaucoup de talent. Nous n’avons pas tous accroché à 3 grammes, mais nous les avons tous ressenties.

Nous l’avons dit :
Badelel : « C’est raconté avec cette simplicité et cette discrétion toutes coréennes, c’est pourtant très expressif, privilégiant la psychologie et le ressenti. »
Bidib : « Je n’ai pas été transportée par cet album, je n’ai pas été surprise ou choquée, le graphisme de Jisue Shin n’est pas remarquable, mais son témoignage est touchant et plein d’espoir. Un message : ne pas baisser les bras face à la maladie. »
Lunch : « En dehors de ça, je regrette que cette lecture ne m’ait pas plus touché. »
Yvan : « La jeune graphiste coréenne raconte sa lutte avec sincérité et partage ses émotions, ses interrogations et ses peurs avec beaucoup de pudeur, sans sombrer dans l’excès. »

 

Lunch

Adulteland (Oh)

Adulteland

« Et si l’homme était capable de repousser la mort via la cybernétique ? Et si la mort n’était qu’une étape de la vie ? Et si les secrets qu’on croyaient enterrés refaisaient surface ? » (Lunch)

En parfait communicant, Lunch sait attirer le chaland : une touche de provocation, un écho aux préoccupations actuelles de certains scientifiques, une pierre à l’édifice des transhumanistes, un soupçon de suspense… Tous les ingrédients du polar d’anticipation sont ainsi réunis pour donner envie aux lecteurs de plonger dans Adulteland.

Et qui dit polar dit bien souvent conscience sociale et analyse fine de nos contemporains, exercice auquel Yeong Jin OH se livre avec brio : à travers quelques vies croisées d’hommes d’âge mûr, il brosse en effet le portrait sans concession de la Corée du Sud d’aujourd’hui.
Un pays en apparence rongé par la solitude, « sujet qui revient régulièrement aussi bien dans le manga que dans le manhwa destiné à un public adulte […] : les individus, bien qu’en perpétuel contact avec leurs congénères, y sont profondément seuls et perdus. » (Bidib)

Une solitude qui appelle l’ivresse, le désespoir ou des actes extrêmes, sombres et sordides dérives d’une « vie […] tristement classique [qui] annonce une fin de cycle. » (Lunch)

A qui parler, se confier, auprès de qui trouver une oreille attentive et des propos réconfortants ? Dans ce monde déshumanisé, Adulteland vous invite à rencontrer ses… robots-hôtesses, des « compagnons inattendus [qui] vous offrent l’humanité qui semble avoir déserté votre quotidien. » (Champi)

« Plus qu’un simple parc d’attraction [Adulteland est] un miroir qui nous renvoie l’image à peine déformée du monde tel que nous l’avons rendu et qui nous le rend bien. » (Champi) : un monde du chacun pour soi, de la cruauté économique – besoin d’argent ? Vendez un organe ! – et de l’écran (ici figuré par les robots) comme seule échappatoire et canal de communication.

Rien de très optimiste ni reluisant, me direz-vous… Heureusement que « tout en décrivant des vie sordides, Yeong Jin Oh garde une certaine distance et un humour subtil qui fait réfléchir sans tomber dans le mélo » (Bidib) : deux traits apparemment caractéristiques de son œuvre qui permettent de ne pas sombrer dans le dégoût ou le ressentiment face à la réalité qui nous est donnée à voir.

« Récit complexe mêlant les genres, [basculant] de la satire sociale au polar d’anticipation » (Lunch), Adulteland offre donc une lecture surprenante et déstabilisante par la variété de tons employés et la manière dont la science-fiction (comme bien souvent) questionne de plein fouet notre vie contemporaine.

Que l’on se rassure : la forme n’est pas moins déstabilisante que le fond. Derrière une couverture « qui ne [fait] pas du tout envie » (Bidib) se cache un « rendu surréaliste » (Lunch) : « il étire ou compresse les canons du dessin et campe des hommes aux visages caoutchouteux et des femmes aux mentons-promontoires. » (Champi)
De quoi permettre «  à chaque personnage d’être identifiable au premier coup d’œil » (Lunch), de quoi surtout casser nos habitudes esthétiques.

Ce dessin atypique, saccadé, déformé, dérangeant, est « couplé à de grands aplats de noir sur fond blanc [qui] assoient l’ambiance pesante du récit » (Lunch), une « ambiance glauque qui happe le lecteur. » (Bidib) Feuilletez le livre assez rapidement et vous serez surpris et captivés par l’effet stroboscopique qui s’en dégage.

Certains qualifieront peut-être le trait de Yeong Jin OH de bancal, amateur, incertain : nul doute au contraire qu’il s’agit d’une volonté de l’auteur afin de conférer à son récit la force qu’un trait plus conventionnel ou lisse ne saurait lui donner.

A une société malade convient une ligne boursouflée et dérangeante. Miroir mon laid miroir…

Rien de très enchanteur dans cette présentation, rien de très attirant non plus, mais tous nos chroniqueurs – qui n’ont pas hésité à aller au-delà des apparences, preuve que j’ai bien fait d’insister pour imposer ce titre dans notre mois du manhwa Wink – ont été ravis par cette découverte.
Certes, Adulteland n’a rien d’une lecture facile, mais peut-on traiter rapidement et en toute simplicité de problèmes de fonds comme la vie en société, la solitude, les bilans à l’approche de la cinquantaine ou l’impact de la science – et des intelligences artificielles – sur nos vies, nos envies, nos besoins, notre avenir ?

Adulteland pose de nombreuses questions avec humour et lucidité, des questions aussi dérangeantes que son trait : parfaite harmonie dans l’étrange qui dérange. On ne saurait en faire reproche à l’auteur.

Bidib : « Ce manhwa est incontestablement la belle surprise de mes lectures de septembre. »

Champi : « Implacable analyste de son monde et de ses contemporains, l’auteur coréen aborde des sujets très sensibles et pose les questions qui fâchent. »

Lunch : « Une lecture surprenante. »

Champi

Massacre au pont de No Gun Ri (Chung & Park)

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`Après Histoire de couleur terre, nous continuons notre découverte du manhwa (bd coréenne) avec un titre très imposant, tant pas sa taille (un gros pavé de 611 pages) que par sa qualité.

Park Kun-woong adapte ici un roman autobiographique de Chung Eun-yong. Chung, rescapé du massacre du pont Nogunri perpétré sur un groupe de réfugié sud-coréens par l’armée américaine, nous raconte comment lui et son épouse y ont réchappé avec quelques autres rares survivants. Ce roman publié en Corée en 1994 entre dans une démarche activiste visant à faire reconnaître les faits à la fois par l’armée américaine et par le gouvernement sud-coréen. Park Kun-woong l’adapte en 2006. La version française nous a été proposée par Vertige Graphic en 2007, l’ouvrage n’est malheureusement plus commercialisé.

Tout commence un beau soir d’été. Les enfants de Eun-yong jouent au bord d’un ruisseau. C’est le 25 juin 1950. Dans la nuit l’armée nord-coréenne envahira la Corée du sud. En face les forces mal préparées n’arrivent pas à contenir l’avancée des Nord-Coréens qui gagnent rapidement du terrain. Eun-yong et sa famille sont réveillés dans la nuit par des bombardements. Dès le lendemain les rues sont noires de monde, des réfugiés qui tentent de fuir les hostilités en allant plus au sud. Eun-yong, malgré les appels du gouvernement qui déclare avoir le contrôle de la situation et exhorte les habitants à rester chez eux, décide de rejoindre le convoi de réfugiés pour mette sa famille à l’abri. C’est ainsi que Eun-yong, son épouse et leur deux enfants de 4 et 2 ans vont partir vers Daejeon, trouver refuge chez le frère aîné de Eun-yong, puis à la campagne chez ses parents. Là, pendant une courte période, ils se sentent en sécurité. L’arrivée de l’armée américaine les rassure, la plus puissante des armées du monde va les défendre contre les communistes dont il ne savent que ce que la propagande leur dit. Bientôt ils pourront rentrer chez eux.
Mais l’armée américaine, principalement composée de soldats inexpérimentés, est aussi mise en déroute par les Nord-Coréens. La zone de combat se déplace et leur village est rattrapé par le conflit. Il faut fuir. La famille de Eun-yong composée de ses parents, son épouse, ses enfants et la famille de son frère qui les as rejoint partent se réfugier dans les montagnes. Incité par les siens qui craignent pour sa vie, Eun-yong les laisse dans la montagne et part plus au sud, à Daegu. En effet la rumeur court que les communistes exécutent sans sommation tous les hommes ayant appartenu à la police sud-coréenne comme Eun-yong.
Nous suivons le dans sa fuite solitaire à travers une Corée en déroute. Puis son séjour à Daegu et Busan où il retrouve sa femme qui y a été hospitalisée.

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Dans cette première partie du récit qui dure environ 200 pages, Eun-yong nous raconte sa propre expérience. En retrouvant sa femme il découvre les atrocités qu’elle a vécu durant leur séparation. Comment l’armée américaine les a forcé à quitter la montagne pour leur faire reprendre la fuite puis les a massacré. S’en suivent plus de 300 pages insoutenables pendant lesquelles l’auteur raconte les faits à travers tous les témoignages qu’il a pu recueillir auprès des survivants. Un cortège de 600 personnes principalement composé de femmes, enfants et vieillards est regroupé sur un chemin de fer avant d’être bombardé à plusieurs reprises par l’aviation américaine. Puis les survivants sont rassemblés sous le pont de Nogunri. Dans cette prison à la chaleur suffocante, ils essuient les tirs des mitraillettes américaines. Au moindre mouvement les balles fusent. Les morts s’accumulent, les survivants perdent la tête et tout espoir. Le récit extrêmement détaillé ne nous épargne aucune horreur. Le cauchemar prendra fin 3 jours plus tard et sur les 600 réfugiés, il n’y aura pas plus de 25 survivants.

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« Le dessin à l’encre de chine renforce encore plus le sentiment d’écrasement qui atteint les civils » nous dit Choco. Yvan n’est « pas trop fan du dessin » cependant il ajoute qu’ « en multipliant les tons sombres, celui-ci parvient néanmoins à conserver un peu de pudeur en dissimulant quelque peu l’horreur des scènes derrière des traits aussi sombres que cette page de l’Histoire ». Personnellement j’ai trouvé le dessin de Park Kun-woong « très beau, à la fois stylisé et très expressif. J’ai été surtout impressionnée par sa mise en scène et le jeu de nuances de noir des arrières-plans apportant une intensité particulière ».

Mais c’est avant tout par son contenu que ce livre touche et impressionne.

Un « livre qui ne laissera personne indifférent » (Bidib).
« Édifiant ! » (Yvan).
« Une œuvre bouleversante qui prend aux tripes et un témoignage capital qui dénonce la bêtise humaine et la barbarie de la guerre » (Choco).

Du même auteur : Fleur (Casterman), Je suis communiste (Cambourakis)
A lire également une interview de l’auteur sur le site de Casterman.

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Histoire couleur terre (Kim)

Histoire couleur terre

Ce mois-ci, Bidib nous a proposé de nous balader en terres coréennes et de redécouvrir le manhwa et ses merveilles. Loin d’être un sous-genre, une pâle imitation du manga si proche géographiquement, le manhwa recèle de véritables trésors, puisant dans la tradition artistique de son pays aussi bien que dans son histoire, son vécu.

Évidemment, nous parlons ici de bande dessinée sud-coréenne, les Kim ne nous laissant pas le loisir de découvrir les merveilles que pourraient créer leurs comparses du Nord, mais pour autant, le Sud à lui tout seul possède un réservoir créatif passionnant !

Pour introduire ce mois, laissez-nous revenir sur un triptyque qui n’est pas passé inaperçu en son temps : Histoire couleur terre de Kim Dong-hwa, un récit mêlant avec subtilité une grande variété de thématiques. Amour, puberté, condition féminine, sexualité, féminité, ruralité, langage des fleurs, filiation… Tout cela à travers l’histoire de deux femmes, la jeune veuve Namwon et sa fille Ihwa (fleur de poirier en coréen).

Avec cette trilogie, l’auteur s’est lancé dans une grande aventure. Reconnu dans son pays comme un maître du sungjun (équivalent coréen du shōjō), il tente ici une thématique plus mature qui séduit les hommes comme les femmes. En France, il n’est en revanche connu que pour ses œuvres adultes telles que La bicyclette rouge (Paquet), Histoire couleur terre (Casterman, collection Écritures) ou Les nourritures de l’âme (Casterman, collection Hanguk).

Dans la Corée campagnarde du début du XX° siècle, la jeune veuve Namwon élève seule sa fillette de 7 ans, Ihwa. Le père a quitté ce monde trop vite et pour subvenir aux besoins du foyer, Namwon tient l’auberge du village où elle doit tenir tête aux assauts insistants des poivrots du village. Dans une société ultra-patriarcale, une femme seule avec sa fille, cela ne fait pas bon effet… Mais cette femme et son enfant font front, côte à côte, restant unies et libres (autant qu’on puisse l’être du moins).

C’est dans ce contexte que grandit Ihwa, 7 ans au début de l’histoire, 10 de plus à l’issue du troisième volume. A la découverte de son corps, de la sexualité, de l’amour, elle nous entraîne dans un récit doux, subtil et poétique. Pour une fois qu’on se préoccupe de sexualité féminine !…

Ce n’est pas tout à fait l’avis de Bidib qui, après une première lecture et séduite par la poésie de cette œuvre, s’est cette fois offusquée du propos, pas assez révolté, trop docile. Devant cette société traditionnelle et ultra-patriarcale où la femme est soumise à la volonté des hommes (celle du père puis celle du mari… et de sa famille), Bidib aurait apprécié un engagement fort de la part de l’auteur : « A la beauté et la poésie s’est substituée une vision archaïque de la société et de la femme où celle-ci n’existe que pour plaire aux hommes. ». Elle reconnaît toutefois : « (…) N’exagérons rien, Kim Dong-hwa nous présente certes des femmes qui se plient aux traditions mais qui sont (dans la limite du respect desdites traditions) libres et indépendantes ».

Peut-être est-ce le seul point de divergence, puisque d’autres (j’en fais partie, j’avoue) trouvent que montrer cette condition, c’est aussi la dénoncer. Là encore à modérer selon moi : « En guise de dénonciation, l’auteur aurait pu être bien plus virulent puisque grâce à sa condition de veuve et à l’absence de belle-famille, la veuve Namwon bénéficie d’une relative liberté (aux dépends de sa réputation, il est vrai) ».
Le verre est-il à moitié vide ou à moitié plein ? Le débat reste ouvert et remercions Bidib de l’avoir initié : la condition de la femme, aujourd’hui plus que jamais, doit poser interrogation.

Dans tous les cas nous nous rejoignons tous sur un point : l’hommage à la femme !
« Kim Dong-hwa nous parle avec beaucoup de poésie des femmes, il souligne avec maestria leur beauté et leur délicatesse, il nous montre leur force » (Bidib)
« Si de nombreuses bandes dessinées utilisent la beauté plastique des femmes, Kim Dong-hwa leur rend l’hommage qu’elles méritent vraiment, dans le fond et dans la forme. » (Yvan)

Ces deux personnage sont émouvants. Leur complicité est une leçon de vie, un art. « Cette belle histoire dépeint avant tout l’amour réciproque entre une mère (Namwon) et sa fille (Ihwa) » (Lunch). Elle partagent chaque instant et chaque sentiment tout en gardant leurs petits secrets, leur monde caché.

« Alternant des cases sans décors afin de se concentrer sur les personnages et leurs échanges de sentiments, et des cases plus larges qui lui permettent de tirer la symbolique vers la nature en utilisant un maximum d’espace et de liberté, l’auteur nous livre un dessin gracieux qui contribue considérablement au côté poétique de cet album », dit Yvan. Et c’est tellement vrai ! Tantôt riche, tantôt épuré, toujours délicat, imprégné de la culture artistique coréenne, le trait et la construction des cases participent à la poésie du propos et à la lenteur du récit.

L’ensemble est doux, léger, sensible, délicat et philosophique. Le récit prend son temps, tout comme l’attente des deux héroïnes. Au fil des saisons, des fleurs et des années, le temps, l’amour et la patience tissent leur toile. On en oublie presque que l’auteur est un homme. Ses « paroles (…) pourtant sonnent très vrai » souligne Bidib. Tant et si bien qu’arrivé au sujet de la puberté, on est décontenancé par le décalage entre le propos et la réalité. Oui Kim Dong-hwa est un homme et il parle d’un sujet qu’il ne maîtrise pas, même s’il en parle très bien.
« Cette déambulation empreinte de poésie nous la devons au talent de conteur de Kim Dong-hwa qui nous engonce dans un récit plein de tendresse. Chacun de ses textes est travaillé dans un carcan de soie, le rythme est lent, les paysages qu’il décrit sont contemplatifs » (Lunch).

On l’a dit :

Bidib : « Ma révolte l’emporte sur la beauté et de cette deuxième lecture je retiens surtout une vision archaïque de la femme et de ses inquiétudes toutes tournées vers l’homme et le sexe. Parce que soyons francs, même si c’est avec beaucoup de poésie, ce livre ne parle que de sexe. »

Yvan : « En utilisant les formes, les couleurs, les odeurs et la symbolique de la nature (arbres, papillons, fleurs, coquillages, chiens, et une petite dose de piment), Kim Dong-hwa va parvenir à exprimer des sentiments intimes avec une délicatesse extrême. »

Lunch : « Les gestes sont maîtrisés, les décors sont sublimes, les visages reflètent la bonté et l’innocence, les cadrages sont parfaits… tout est mis au service du raffinement, si bien qu’il est difficile pour moi de sortir de la lecture en me disant que c’est déjà fini… »

Et moi : « Mais ce qu’il livre ici est avant tout une œuvre charmante et poétique, une ode à l’amour, aux fleurs, à la féminité et à la vie. Avec son trait plein de douceur, Kim Dong-hwa dépeint une campagne faite d’innocence, une tradition non pas pesante mais un art de vivre, des superstitions au charme désuet… »

Badelel

Thème : La spiritualité

Présentation du thème par le rédacteur mensuel :

« Vivre en harmonie avec ses croyances et ses principes est un exercice de l’esprit. L’idée première a été de faire entrer dans cette thématique des personnages en phase avec leur foi : moines de toutes religions et de toutes époques, de l’érudition à la communion, sans passer par la guerre ! Il a cependant fallu tempérer nos choix pour éviter de transformer le thème de spiritualité en religion.
Si j’ai choisi
L’encre du passé pour débuter ce mois, c’est parce que ce mot « spiritualité » est pour moi lié à ce livre, à l’aventure de cet homme qui se cherche et qui se reconstruit par le biais, entre autres, de la calligraphie. Il y a une certaine forme de philosophie donc, une recherche intérieure mêlée à une grande sérénité. La calligraphie est pour moi un pilier de la spiritualité telle que je l’entend. C’est d’ailleurs un art considéré en orient comme une recherche de spiritualité et un art du « beau ».
Nous avons su trouver d’autres moyens de spiritualité, du zen au mysticisme, de la philosophie à l’humour, de la quête pieuse à la contemplation poétique. En voici quelques exemples.
»
(Lunch)

Franco-Belge :
Bulles & nacelles (Renaud Dillies), Dargaud, 2009
Encre du passé, L’ (Antoine Bauza & Maël), Dupuis, 2009
Kililana song (Benjamin Flao), Futuropolis, 2012
Lama blanc, Le (Alexandro Jodorowsky & Georges Bess), Les Humanoïdes Associés, 1988
Où le regard ne porte pas (Georges Abolin & Olivier Pont), Dargaud, 2004
Saveur coco (Renaud Dillies), Dargaud, 2013
Sens de la vis, Le (Manu Larcenet et Jean-Yves Ferri), Les Rêveurs, 2007
Temudjin (Antoine Ozanam & Antoine Carrion), Daniel Maghen, 2013

Comics :
En mer (Drew Weing), Çà et là, 2011
Goliath (Tom Gauld), L’Association, 2013
Habibi (Craig Thompson) Casterman, 2011

Mangas :
Entretiens de Confucius (Variety Art Works), Soleil, 2012
Homme qui marche, L’ (Jirô Taniguchi), Casterman, 1995
Ikkyu (Isashi Sakaguchi), Glénat, 1996
Sorcières (Daisuke Igarashi), Casterman, 2006

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