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Au mois de juin, ça sent l’été. Les vacances approchent et avec elles, les sessions transat, une grenadine dans une main et une BD dans l’autre. Quitte à buller au soleil, alors tant qu’à faire, autant donner dans La Boîte à Bulles…

Apparue en 2003 dans l’univers de la BD, La Boîte à Bulles n’a cessé de croître jusqu’à devenir un incontournable du paysage éditorial indépendant. En 2015, soit 12 ans après sa création, cet éditeur compte pas moins de 10 collections et environ 150 auteurs. Découvreur de talents éclectiques, il présente ainsi un catalogue varié : Vanyda, Gally, Nancy Peña, Simon Hureau, Vincent Caut, Maximilien Leroy et bien d’autres s’y côtoient allègrement.
Vous l’avez sans doute remarqué : La Boîte à Bulles, nous on l’aime bien, c’est pourquoi nous vous proposons de la redécouvrir tout au long du mois de juin.

Pour commencer en beauté, commençons par une beauté. Une jeune femme sur l’île de Kyushu et son sublime kimono, ça vous rappelle quelque chose ? Si ce n’est pas le cas, ne tardons plus (et si c’est le cas, c’est pareil).

Sur l’île de Kyushu au temps jadis donc, un fileur de soie avait une très jolie fille. Pour elle, il faisait tisser les plus merveilleux kimonos. Son préféré, le kimono des chats, avait été réalisé par un tisseur épris de la belle. Cette dernière le repoussant, il voulu se venger en réalisant pour lui-même des kimonos aussi merveilleux qui attireraient les chats. C’est ainsi que, de fil en aiguille, un chat s’échappa du kimono et que bien d’autres choses se passèrent.
Autre dessin, autre histoire. Un bateau britannique quitte le Japon, faisant route vers sa patrie-mère. Sur le pont, un marin pêche mais tandis qu’il remonte sa prise sur le pont, un félin passager clandestin lui pique sa prise sous le nez.

Le chat du kimono démarre bien étrangement. Les récits se succèdent, semblent se mêler mais gardent leurs distances, alternant les contes nippons et les histoires situées dans l’Angleterre victorienne.

Initialement prévu en one shot, Le chat du kimono comporte néamoins une suite, Tea Party. Que dis-je, deux suites : il y a aussi It is not a piece of cake. Enfin, bientôt trois ! Peut-être plus, qui sait ?
Mais autant les tomes suivants maintiennent une unité à l’intérieur même de chaque volume puis entre eux, autant Le chat du kimono multiplie les histoires, les graphismes et cherche à rompre les liens (ou à lier ce qui ne l’est pas ?). C’est le chat qui sert de fil rouge, peut-être même n’est-il rien d’autre qu’un personnage principal un peu plus discret que de coutume. « Un chat (…) évolue et se retrouve mis en abyme : émancipation de son carcan de soie puis sortie du conte original vers un monde plus contemporain. (…) Ce chat de fiction bien tangible mène de front plusieurs vies mais reste fidèle au kimono qu’il suit tant bien que mal. » (Lunch)
Ce félin est en effet bien étrange. On le croise pour la première fois dans le conte initial, récit dans lequel il s’échappe du kimono, on le retrouve sur un bateau en partance pour la Grande Bretagne, puis à nouveau sur une variante du conte, puis dans la mer près des cotes britanniques et de là, un peu partout. Les personnages qu’il rencontre font l’histoire, mais y aurait-il une histoire sans le chat ? Élément central du récit, il n’en reste pas moins mystérieux. Est-il un ou plusieurs ? S’il est un, est-il réellement sorti d’un motif de kimono ? Qu’est-ce qui l’amène alors à traverser les océans qui séparent le Pays du Soleil Levant de la Perfide Albion ? Bidib s’interroge : « Chat fantasmagorique, hallucination ou simple chat errant ? Faut-il croire la légende ? Et quelle version ? (…) Les histoires se croisent, se font écho. Est-ce le hasard ou le chat ? »

Oui, le ton est inhabituel. « A la frontière entre la légende et la réalité », résume Mo’. Étrange, onirique, fantastique, hallucinatoire, on flirte avec les genres, le conte n’étant jamais bien loin. Ni la fiction puisqu’on y retrouve Sherlock Holmes et son fidèle Dr Watson ainsi que la petite Alice dont le Pays des Merveilles a de bien curieuses inspirations. Nancy Peña joue avec ses lecteurs et s’amuse avec les références. On vient d’en citer quelques unes bien sûr et le félin héros est prétexte à en ajouter d’autres. Le chat du Cheshire, le chat noir de Steinlein qui servit d’enseigne au cabaret du même nom, le chat blanc de Bonnard : on ne quitte pas la période, mais alors qu’est-ce qu’on en trouve des matous ! Et tout est bon pour y faire rebondir l’histoire. Une fois encore, là où le mistigri sert de liant, il sert aussi de tremplin pour propulser une nouvelle bizarrerie. Lunch y trouve d’ailleurs « un côté ciné-théâtre burlesque de la grande époque ». Difficile du moins de ne pas y trouver en effet un côté particulièrement loufoque. Mais attention ! Du loufoque de qualité : « C’est très dépaysant et drôle tout en étant intéressant », philosophe Bidib.

L’ensemble est habillé d’un noir et blanc « racé » (Mo’) alternant les styles graphiques « de superbes illustrations où se perdent les perspectives et notre regard ou des dessins plus denses, plus hachurés » (Champi). Bidib s’est retrouvée happée : « surtout quand il s’agit des tissus qui prennent vie ».
L’alternance de graphismes s’atténue sur les tomes suivants où les estampes disparaissent tout à fait. Le trait de Nancy Peña y gagne néanmoins en assurance et en maturité. L’utilisation de dominantes rouges sur certains passages fait ressortir ces changements d’ambiances qui se traduisaient dans le premier opus par un coup de crayon très différent.

Tea Party et It is not a piece of cake, justement, parlons-en un peu… Ils se déroulent 15 ans plus tard. Le ton est radicalement différent (ce que j’en pense ? « j’aurais tendance à en faire une introduction tant le ton est différent des albums suivants ») mais on y retrouve bien les personnages : Alice est maintenant une jeune femme (« mais elle reste assurément une petite peste », assure Lunch) et devient le centre de cette histoire, en concurrence avec le nouveau venu Victor Neville. On retrouve occasionnellement Sherlock Holmes et son assistant. Quant au marin… disons qu’il n’a pas tout à fait disparu…

Pour prolonger le plaisir, vous pouvez également découvrir l’Art Book consacré à cet univers : Les carnets du kimono

Bidib : « Si on se demande parfois où est-ce qu’on va, on finit par se laisser aller et suivre les rocambolesques aventures de ce drôle de chat. »
Champi : « Les sommeils et réveils successifs bercent le lecteur avec la douceur et la cruauté d’un matou de sang et de nuit, dont la griffe d’encre nous tatoue sa douleur et ses mystères. »
Lunch : « Le chat du kimono est une fable qui nous amène à côtoyer l’estampe et la tradition japonaise. »
Mo’ : « Le dessin de PEÑA est racé, caractéristique ; il crée de réelles ambiances dans lesquelles on s’immerge complètement. »
Et moi-même : « En alternant le conte japonais à l’Angleterre victorienne fictive dans laquelle se déroule l’histoire, Nancy Peña ancre son récit dans le fantastique. »

Badelel

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Une réponse "

  1. […] 1 (Séverine Lambour & Benoît Springer), 2010 Le Chant du corbeau (Jean-Christophe Pol), 2012 Le Chat du kimono (Nancy Peña), 2007 (série – suivi de Tea Party et It’s not a piece of cake) Les […]

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