garduno

Histoire, vous avez dit histoire ? Comme c’est étrange !
Qui aurait pu penser qu’une discussion autour d’un thème mensuel pour k.bd aurait pu nous entraîner sur de telles voies réflexives ?
Bidib, qui nous a proposé le thème « raconter l’histoire du XX°s. », s’est sentie frustrée, trahie peut-être, à la lecture de Garduno, en temps de paix, de Philippe SQUARZONI : « c’est pas de l’histoire, c’est de la politique ! »
Le propos du livre est complexe, incontestablement : « Une BD reportage historique, un documentaire sociétal, une autobiographie par le fait que le héros de cet ouvrage soit le dessinateur lui-même ou une BD sous forme de nouvelle du fait qu’elle soit découpée en cinq chapitres ?… Il est bien difficile à classer cet opus. » (Oliv).
Quelle qu’en soit la tonalité, une chose est sûre : l’auteur, totalement engagé dans sa vie citoyenne, l’est aussi dans son œuvre, autre facette de son militantisme. « Garduno, en temps de paix et Zapata, en temps de guerre relatent son combat contre la mondialisation, la manipulation de l’opinion publique par les politiques, les délocalisations, le libre-échange. » (Mo’)
Un combat qui ne va pas sans peine (« Malade de son siècle, de son temps, l’auteur ne sait par quel bout prendre le problème qui l’empêche de dormir », Champi) et qui permet de regarder à travers le prisme socio-économique les décennies écoulées : « Quelque part, Philippe Squarzoni dresse une sorte de bilan de l’histoire de notre XXe siècle ! » (Oliv).
Un bilan qui, si on y regarde de plus près, fut réalisé au début des années 1990, soit il y a plus de vingt ans… De là à dire que son discours politique d’alors peut aujourd’hui faire œuvre de source historique, il n’y a qu’un pas (que Mitchul a en toute logique franchi dans l’article sur Charlie Hebdo / Hara-Kiri présenté ici la semaine passée).

A travers ces deux titres – car Garduno n’est que le premier opus d’un diptyque complété par Zapata – « il brosse le portrait d’un monde qui, sous la botte de l’ultra-libéralisme présenté comme la seule voie à suivre, comme un dogme, presque une religion, n’en finit pas de diviser, exclure, rejeter, les riches toujours plus nombreux et plus riches se hissant toujours plus haut loin bien loin des pauvres toujours plus nombreux et plus pauvres. » (Champi)
Ce portrait ne se contente pas d’être factuel : « Les associations d’idées se succèdent, de symboles en symboles, d’anecdotes en anecdotes… de questionnements en questionnements ! » (Oliv). Une manière de procéder, de progresser qui a paru trop décousue à Bidib, laquelle n’a d’ailleurs pas été convaincue par les idées non plus : « cela me fait l’effet d’une de ces soirée on-discute-politique-autour-d’un-verre-de-vin : un joyeux fourre-tout où on enfonce des portes ouvertes. »
Au contraire, Mo’ a été plus sensible à cette sorte de polyphonie dessinée : « La voix-off contient à la fois les concepts idéologiques (économique, politique, sociologique…) que l’auteur combat et une argumentation étayée qui développe son opinion personnelle. Les dialogues donnent quant à eux une dynamique à l’ensemble. Ils sont plus spontanés et incitent le lecteur à la réflexion. »
Des avis bien différents qui s’accordent sur un point : le discours de Philippe SQUARZONI, qui illustre sa pensée en construction, semble surtout destiné à des « convaincus », ou en tout cas à des lecteurs partageant sa sensibilité.

Que ceux qui, comme l’auteur, portent sur le monde un regard sombre et critique se rassurent : SQUARZONI n’abîme pas dans le pessimisme et l’abattement qui pourraient à juste titre le submerger. Debout, actif, lui qui a fait front en ex-Yougoslavie, au Chiapas ou en Proche-Orient ne reste pas les bras croisés et s’engage dans la création d’ATTAC. La préface d’Igniacio RAMONET – ex-rédacteur en chef du Monde Diplomatique – renforce cette idée de lutte argumentée et de construction d’alternatives.

Comment un tel propos engagé, complexe mais aussi chaotique peut-il prendre corps en images sans lourdeurs ni redites ?
« L’auteur, dans cet ouvrage qui compte parmi les premiers de sa carrière, installe le système de narration qui est aujourd’hui sa marque de fabrique » (Champi) : «  un mélange entre réalité et métaphore » (Mo’), « un trait très peu expressif mais sobre [dans lequel] les images s’entrechoquent un peu comme les chiffres se bousculent… » (Oliv). « L’ensemble permet au lecteur d’entendre tous les sous-entendus inhérents à certains constats » (Mo’) même si, en suivant le fil irrégulier de la pensée de l’auteur, le tout donne une impression de « passage du coq à l’âne. » (Bidib).
Lorsque nous vous avions présenté Saison brune, nous avions déjà pointé cette sobriété de la forme (du noir et du blanc traçant un réalisme allégé) et la force des images puisées dans le vaste réservoir de marques, cartes, graphiques, photos, extraits de films… qui constituent aujourd’hui la mémoire du monde, et plus particulièrement du XX°s.

Alors, Garduno, en temps de paix, est-il une BD historique, politique, la mise en image sans queue ni tête des errances d’un homme en manque d’emprise sur le monde qui semble l’écraser ?
Il serait intéressant que l’auteur propose, vingt ans après, une mise à jour de son travail. Même si les autres ouvrages qu’il a pu réaliser – DOL, Torture blanche et bien sûr Saison brune – révèlent malheureusement qu’en deux décennies le monde n’a pas beaucoup changé…
Parfaite porte d’entrée dans l’œuvre de Philippe SQUARZONI, Garduno dresse un constat partisan mais objectif sur le XX°s, loin du cynisme d’un WILLEM, mais avec la détermination argumentée d’un homme en lutte.

Bidib : « Cela ne convaincra que les convaincus. »

Champi : « Raconter l’Histoire la plus contemporaine, au-delà du simple aspect historique d’ailleurs, permet, en démontant certains mécanismes aux terribles effets, de franchir la frontière entre connaissance et prise de conscience, puis entre prise de conscience et réaction. »

Mo’ : « On sent la volonté de Philippe Squarzoni d’armer son lecteur d’arguments afin que ce dernier puisse résister efficacement contre l’habile manipulation médiatique dont il est victime. »

Oliv : « Une chose est sûre, cette BD force à la réflexion, pose de nombreuses questions et donne quelques vérités. »

Champi

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Une réponse "

  1. […] – Fritz Haber (David Vandermeulen), Delcourt, série en cours depuis 2005 (4 tomes) – Garduno en temps de paix (Philippe Squarzoni), Les Requins Marteaux, 2002 – Groenland Manhattan (Chloé Cruchaudet), […]

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